Courtisée, délaissée, la jeunesse pose problème

Adjoint à la jeunesse de mars à juin 2002, Yann Cochin avait dressé un plan d’actions pour ce secteur dont il souhaitait débattre en commission puis en conseil municipal. Ses propositions s’appuyaient sur les entretiens qu’il avait menés auprès des instances en charge de la jeunesse dans la ville (BIJ, PAIO, service Jeunesse …) mais aussi sur les échanges avec les jeunes d’Alternative Clamartienne en préparation aux élections municipales et sur la contribution de Lauriane Desveaux, précédente adjointe à la jeunesse. Le journal d’AC a souhaité connaître l’essentiel de ses propositions.

AC : Comment voyez-vous la place de la jeunesse dans la société et sur quelle perception des problèmes la concernant avez-vous élaboré votre projet pour la mise en œuvre d’une politique de la jeunesse à Clamart ?

YC : Accusée d’être responsable de l’insécurité présentée comme le mal de notre société, décriée pour n’être pas assez citoyenne, puis admirée et suspectée pour son engagement citoyen contre les idées racistes et xénophobes, la jeunesse pose problème à la société ou, tout du moins, à un certain nombre de ses acteurs. Il est temps de rompre avec cette vision. Certes, les jeunes ont des difficultés pour rentrer de plein pied dans la vie, pour faire accepter leurs modes de participation à la vie citoyenne et leurs différences. Il s’agit de s’appuyer sur leur générosité, leur créativité, leur désir de participer à la vie de la cité.

AC : Quelles sont les attentes que vous avez perçues lors de vos rencontres avec les jeunes Clamartois ?

YC : Elles tiennent à trois éléments essentiels :

-         Les jeunes ont le sentiment qu’aucune place ne leur est réservée dans la ville : ni pour leurs activités, ni pour prendre la parole, ni pour agir et peser sur la vie de la cité.

-         Ils déplorent les divisions sociales, culturelles et géographiques de la ville, les inégalités dans la façon dont la mairie distribue l’argent. Ils constatent que l’appartenance à un quartier conditionne les échanges et les rend difficiles.

-         Ils développent vis-à-vis des institutions de représentation de la ville une grande méfiance, un désenchantement, surtout présent chez les jeunes du haut Clamart.

Néanmoins, on peut résumer l’attente des jeunes par un désir partagé d’avoir une place dans la vie de la commune et que cette place, acquise ou conquise, soit un point d’appui pour leur entrée dans leur vie d’adulte.

AC : Comment pensez-vous que l’on puisse donner aux jeunes cette place et les aider à accéder à leur vie d’adulte ?

YC : Je crois qu’il faut leur donner à la fois les moyens de s’exprimer et les moyens de se réaliser. Pour cela, nous avons pensé à trois types d’actions :

- des assises de la jeunesse

Elles auraient pour objectif de dresser l’état des lieux sur la situation de la jeunesse à Clamart et d’engager un dialogue entre les différents acteurs : professionnels de la jeunesse, jeunes, parents… Elles seraient l’occasion de lancer  un cycle de conférences thématiques.

-      un festival annuel de la jeunesse

Son but serait de permettre aux jeunes de mettre en évidence leurs réalisations associatives et culturelles, de développer leurs compétences en matière d’organisation et de création.

-      le développement d’une structure d’appui aux projets

C’est dans les structures d’accueil des jeunes telles que le BIJ, la PAIO, les CSC* … que l’on peut repérer les projets de jeunes (actions de solidarité, cafés-concerts, événements musicaux … ) : ces structures devraient être complétées par une cellule de soutien qui apporterait l’information et l’encouragement indispensables au démarrage de ces projets.

AC : En matière de loisirs, de sports et de culture, pensez-vous que les propositions de la ville soient adaptées à la demande des jeunes ?

YC : La municipalité a organisé de nombreux événements culturels depuis mars 2001, néanmoins il est nécessaire de développer des actions particulièrement en direction des jeunes :

-      un ensemble d’actions pour leur accès aux loisirs, aux sports et à la culture

L’accès aux loisirs est pris en charge par les clubs 12/15 ans et les CSC qui tiennent une place de première importance dans l’animation de leur quartier, notamment au Pavé Blanc.

Certains comités de quartier ont fait remonter le souhait de nombreux jeunes de disposer de lieux permettant l’exercice de sports de glisse (rollers, planches…), et plus largement d’aires de jeux accessibles à une pratique spontanée, non encadrée (foot, volley…). Les jeunes attendent que la municipalité facilite ces rencontres informelles.

Par ailleurs, il y a de la part des jeunes, une forte demande d’évènements musicaux. Ils favorisent les rencontres, les échanges, les découvertes, l’initiative. Clamart est une ville riche en espaces, groupes et associations pratiquant la musique. L’objectif d’un concert par mois, organisé par et pour les jeunes, serait propre à galvaniser les énergies et le dynamisme qui ne demandent qu’à s’exprimer.

-      des actions pour faciliter leur accès aux vacances

La politique municipale, en relation avec le service enseignement, devrait renforcer ces moments de socialisation, d’éducation, de responsabilisation et d’apprentissage, souvent déterminants, que sont les vacances collectives.

AC : Vous parliez de l’importance pour les jeunes d’être des citoyens à part entière. Comment les y amener ?

YC : Les jeunes ont des droits mais ils ont aussi des devoirs. Ils doivent être responsables de leurs actes.

 Pour faciliter leur accès à leur rôle de citoyen nous proposons trois types d’actions :

- accès à l’information et à la connaissance de leurs droits

Le BIJ, par des actions telles que Gigalavie, répond déjà au besoin des jeunes et notamment des collégiens. Cependant, le besoin d’information est tel que cet accès doit être renforcé. Deux points d’accueil supplémentaires devraient être créés dans les CSC, au Pavé Blanc et à la gare et  un local type « point CYB » pourrait compléter le dispositif en donnant un accès facilité à Internet.

Par ailleurs, la mission qu’accomplit déjà la PAIO à travers la mission locale pour l’emploi et la mise en place du projet Trace devrait être renforcée pour aider les jeunes à la recherche d’un emploi et ceux qui se trouvent en grande difficulté.

-      participation aux comités de quartiers

L’équipe municipale a fait de la démocratie participative une de ses priorités. Notre politique étant de ne pas isoler la démarche Jeunesse des autres politiques de la ville, nous proposons que chaque comité de quartier crée une commission jeunesse qui susciterait l’expression des jeunes, la prise en compte de leurs besoins et de leurs propositions. Ces commissions, réunies en une seule instance, pourraient s’exprimer en conseil municipal sur les questions concernant les jeunes.

-      un ensemble d’actions favorisant la solidarité locale et internationale

De jeunes Clamartois s’associent déjà avec des jeunes des communes environnantes pour s’investir dans des actions de solidarité locale et internationale. Ces actions, aux aspects éducatifs fondamentaux, doivent être développées et menées en commun avec le secteur de la coopération internationale.

AC : Pensez-vous que la ville dispose de moyens propres à réaliser le projet global que vous décrivez ?

YC : Oui, elle dispose déjà de moyens et peut s’appuyer sur des professionnels expérimentés et compétents ; la création d’un observatoire de la jeunesse ayant pour mission de suivre les actions et d’analyser l’état de la jeunesse dans la ville les complèterait utilement.

Il ne faut pas oublier d’intégrer, à tout ce dispositif en faveur des jeunes, leurs familles et leurs réseaux sans lesquels il ne peut y avoir de projet éducatif.

BIJ :                Bureau d’information jeunesse

PAIO :                        Permanence d’accueil, d’insertion et d’orientation

CSC :              Centre socio-culturel

Point cyb :       Lieu public équipé d’ordinateurs et d’une connexion internet