Un mode de scrutin à la carte

Le 1er mai dernier, nous étions plusieurs centaines de milliers de personnes pour manifester, certes contre Jean-Marie Le Pen, mais surtout pour la Démocratie. Mais qu’est-ce qui caractérise cette démocratie? Au premier titre le pluralisme, symbole de la liberté d’expression et d’opinion des partis mais aussi des citoyens. L’UMP veut, par sa réforme du mode de scrutin des élections régionales, et ce, malgré l’instauration d’une élection à la proportionnelle pour les régionales, supprimer les « petits partis ».

 Comment : en ne permettant qu’aux partis ayant obtenu plus de 10% du nombre d’inscrits sur les listes électorales d’atteindre le second tour et d’obliger ces mêmes partis d’avoir au minimum 5% - toujours des inscrits - pour pouvoir faire liste commune. Cela signifie en réalité qu’en prenant en compte l’abstention, un parti doit obtenir plus de 20% des voix des votants pour avoir la chance d’exister au sein des instances régionales.

Pourquoi : pour, selon l’UMP, garantir la stabilité des Conseils régionaux. Ne serait-ce pas celle de l’UMP que cette réforme vise à garantir ?

Résultat : seuls l’UMP et le PS - dont la position n’est pas des plus claires malgré la multitude d’amendements que les députés socialistes ont déposés - s’affronteront au second tour. Les autres partis ne pourront non seulement pas avoir de représentants, mais à terme cette réforme aboutira à leur disparition puisqu’ils ne pourront plus bénéficier des subventions de l’Etat, ces dernières dépendant du score obtenu aux élections.

Une vie politique réduite à deux partis n’est pas contraire en soi à l’esprit démocratique, le cas de la Grande Bretagne le montre bien. Mais lorsque cette bipolarisation  est tentée aussi soudainement dans un pays qui culturellement et institutionnellement n’est pas adapté, il y a de quoi s’inquiéter sur l’opportunité d’une telle réforme, surtout lorsqu’elle est réalisée en profitant d’une information focalisée sur le risque de guerre en Irak.

Même si on ne peut que se féliciter du Front Républicain organisé contre cette réforme, il nous reste un regret : l’accaparement du débat par les partis. Ce débat est une question de démocratie et nous sommes donc les premiers concernés par cette réforme. La majorité nous retire le droit de nous exprimer et surtout de voir nos idées représentées au Conseil Régional. Pourquoi un écolo voterait pour le parti socialiste alors que celui-ci ne représente pas ses priorités, pourquoi un centriste opterait pour l’UMP alors que ce parti ne partage pas entièrement ses valeurs.

Il sera toujours possible de voter au premier tour pour le parti de notre choix mais pourquoi et jusqu’à quand. Quel parti, hors l’UMP et le PS évidemment, s’engagera dans une campagne en sachant qu’aucun de ses candidats ne pourra siéger? A plus ou moins long terme, ces partis disparaîtront et l’abstentionnisme atteindra des records, les citoyens considérant leurs votes fatalement inutiles car si peu représentatifs de leurs idéaux et revendications. Ceci a tout l’air d’être un scénario catastrophe mais il n’en est rien. Les élections régionales sont des élections de liste et non de personne. La représentation des idées est donc primordiale surtout lorsque nous songeons que toutes les réformes sur la décentralisation visent à renforcer les pouvoirs de la Région. Ces élections vont donc prendre un sens beaucoup plus essentiel et les choix qui seront faits influenceront directement notre quotidien.

Seulement, aujourd’hui le 1er Ministre Raffarin a opté pour le recours à l’article 49-3 de la Constitution. Cet article permet au 1er Ministre qui l’utilise de faire adopter un texte sans qu’il soit débattu devant l’Assemblée Nationale. Il s’agit donc d’une arme constitutionnelle  qui, dans de telles situations, ne vise qu’à tuer le débat

Un seul message à retenir de tout ce débat: le 1er mai dernier et tout ce qu’il implique sont tombés dans l’oubli. Et même s’il est fort probable que la réforme est acquise à l’heure où nous publions ce numéro, notre devoir reste de maintenir l’appel qui était prévu. La grandeur d’un pays ne se mesure pas à sa capacité à tenir tête à une grande puissance mais aux droits et libertés qu’il garantit à ses habitants.

Une seule question se pose à nous: Voulons-nous de cette démocratie là ?

Si NON, écrivez à votre député par courrier ou par mail, tous les députés ayant une adresse accessible par le site de l’Assemblée Nationale ( Celle du député de la circonscription est: ppemezec@assemblee-nationale.fr), pour lui rappeler pourquoi beaucoup d’entre nous ont manifesté le 1er Mai et sur la défense de quelles valeurs ils ont été élus.

Violaine